Truman Capote – De sang froid

shapeimage_1-1.png

Truman Capote  – De sang froid

« Après la conférence de presse, Dewey se retira dans son bureau, une pièce que le shérif lui avait prêtée temporairement. Elle contenait une table et deux chaises droites. La table était jonchée de ce que Dewey espérait voir devenir un jour ou l’autre des pièces à conviction devant un tribunal : le sparadrap et les mètres de corde trouvés sur les victimes et scellés à présent dans des sacs de matière plastique (en tant qu’indices, aucun de ces deux articles ne semblait très prometteur, car c’étaient des produits courants, que l’on pouvait obtenir n’importe où aux États-Unis), et les photographies prises sur les lieux du crime par un photographe de la police – vingt agrandissements sur papier glacé du crâne fracassé de Mr. Clutter, du visage démoli de son fils, des mains liées de Nancy, des yeux glacés par la mort et encore grands ouverts de sa mère, et ainsi de suite. Au cours des jours suivants, Dewey allait passer de nombreuses heures à examiner ces photos, espérant qu’il pourrait « soudainement voir quelque chose », qu’un détail significatif se révélerait : « Comme ces puzzles. Ceux où l’on doit trouver : ‘Combien d’animaux se cachent dans ce dessin ?’ En un sens, c’est ce que j’essaie de faire. Trouver les animaux cachés. Je sens qu’ils doivent être là, si seulement je pouvais les voir. » En fait, une des photos, un gros plan de Mr. Clutter et de la boîte à matelas sur laquelle il était étendu, avait déjà fourni une surprise précieuse : des traces de pas, les marques poussiéreuses de chaussures dont les semelles étaient faites de motifs en losange. Les empreintes, qui n’étaient pas visibles à l’œil nu, apparurent sur la pellicule ; en effet, l’éclat pénétrant d’un flash avait révélé leur présence avec une précision magnifique. Les empreintes ainsi qu’une autre trace de pas trouvée sur la même boîte de carton – l’impression nette et sanglante de la moitié d’une semelle Cat’s Paw – étaient les seuls « indices sérieux » dont les enquêteurs pouvaient se targuer. Mais ils se gardaient bien de le faire ; Dewey et son équipe avaient décidé de tenir secrète l’existence de ces preuves. »

De sang froid, Éditions Gallimard, 1966 (1965), folio n°59, p.129/130.

cold.jpg

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s